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Les Rencontres du credas Lausanne, le 3 octobre 2003 I. De quel monde s’agit-il ?
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I. DE QUEL MONDE S’AGIT-IL
?
Mais nous savons aussi que lorsqu’on aborde réellement ces
personnes, des quantités de questions, parfaitement humaines, émergent
dès que l’on est en relation avec elles. On pourrait multiplier les questions, elles émergent au fil des
jours, et de l’observation. Nous savons bien que les témoignages de deux personnes ayant assisté au même événement peuvent être bien différents; c’est, du reste, ce qui nous apporte souvent une richesse aux interprétations qui ne manquent pas ensuite d’être avancées à propos de l’événement observé. D’autre part, comme il est rare que l’observateur ne soit pas engagé dans l’action dans la pratique, il modifie par-là même son regard et la situation. Donc, le «regard attentif» qui est celui de l’observateur, n’est pas désincarné, et c’est heureux. Mais que voit celui qui est observé? Le regard symétrique, le regard en sens inverse de la personne sur nous-même et sur la situation, ne devrait-il pas être pris en compte aussi, même si ses expressions sont ténues ou ambiguës? Certains témoignages, dont nous parlerons, tendent à montrer, dans certains cas, l’acuité de cette observation en retour. En somme, il s’agit de savoir si nous pouvons chercher des outils pour comprendre ce regard de la personne polyhandicapée, ou imaginer quelle est sa perception de ce qui se passe autour d’elle, et de la manière dont les choses fonctionnent et s’agencent entre elles. Il paraît en tout cas essentiel d’admettre que ce regard existe et que l’observé est aussi, au moins parfois, observateur. Il s’agira ensuite de savoir si l’on peut ainsi avoir des
bases pour une aide plus efficace auprès de ces personnes puisque
notre action se situe bien, quotidiennement, à l’interface
entre le monde et l’enfant ou l’adulte handicapé. Mais ce que nous souhaitons aborder ici est plus proche, pas forcément
plus simple, mais en tous les cas indispensable à une certaine
autonomie, c’est le monde élémentaire personnel où
nous évoluons, celui de la vie quotidienne, avec les sensations
et perceptions permanentes de notre premier outil, le corps, avec le mouvement,
le déplacement intentionnel ou non. Tous ces éléments de la structure du monde sont comme des outils, liés à notre personne, oubliés plus ou moins et utilisés sans réflexion dans la vie de chacun. Cependant, ils se rappellent fortement si il faut faire face à une situation inhabituelle. Avons-nous des bases d’étude pour tâcher de comprendre comment l’enfant polyhandicapé, entravé dans son développement, et en particulier dans cet extraordinaire parallélisme entre l’évolution motrice et l’évolution mentale, qui pourrait définir la normalité, comment cet enfant, au long de son parcours, va pouvoir néanmoins arriver à se situer dans ces structures élémentaires du monde environnant? Nous pensons que l’on peut essayer de s’appuyer sur trois
groupes de documents et de connaissances théoriques: Il est bien entendu que nous sommes conscients de la difficulté
de notre position (voir contribution du Dr Boutin «Est-il bien légitime
de se poser la question de savoir comment la personne polyhandicapée
appréhende le monde?»), et que nous ne prétendons
pas nous mettre «dans la tête de l’autre». Mais
nous avons le droit de nous poser les questions citées plus haut,
pour la simple raison que notre fonction est précisément
d’aider la personne dans son appréhension du monde, dans
un certain usage des structures constantes de ce monde où elle
évolue; structures élémentaires qui sont d’abord
sa connaissance d’elle-même, de son corps, puis les repères
utilisables en matière d’orientation spatiale, de marquage
du temps, et naturellement, parcourant toutes ces découvertes,
ses relations avec les autres personnes de son entourage. Mais arrêtons-nous tout d’abord sur la pathologie variée de ces personnes polyhandicapées, puisque sa marque est toujours présente et influence grandement leur vie quotidienne, et de façon différente chez chacune d’elles; avec néanmoins de grands axes que j’aimerais vous proposer. Nous rencontrons des sujets «cérébrolésés», ou infirmes moteurs cérébraux quelle que soit l’atteinte intellectuelle, qui ont d’importantes difficultés motrices, spastiques, athétosiques, mais dont les capacités de communication et d’observation sont souvent préservées, même quand il n’y a pas de langage parlé. D’autres personnes sont atteintes d’une épilepsie très sévère au premier plan de leurs difficultés; elle a souvent débuté dans la première enfance, elle influe quotidiennement sur leur vigilance et leurs possibilités de communication; mais bien souvent leur motricité est relativement préservée, au moins par moments. Chez d’autres, la déficience mentale paraît au premier plan; il peut y avoir un aspect physique particulier (dysmorphique), parfois une fragilité physique, mais les grandes fonctions motrices, souvent atypiques, existent. A certaines périodes, ou chez certains, apparaissent parfois des signes apparentés à l’autisme, nous parlons de «psychose déficitaire». Les sujets qui sont atteints de maladies évolutives du système nerveux central nous posent des questions spéciales et difficiles, du fait de l’aggravation progressive, mais aussi parce que pour certains, le passé d’enfant «normal» est toujours plus ou moins présent dans le contact avec le sujet et surtout avec sa famille ; l’apparition, parfois très lente de symptômes invalidants divers leur a donné un vécu émotionnel particulier; et bien sûr les projets sont difficiles. Enfin, une place à part doit être faite aux personnes atteintes de plusieurs déficiences sensorielles, chez qui les problèmes de communication, et souvent de comportement, sont au premier plan. Il ne s’agit pas ici de vouloir enfermer des personnes dans tel ou tel moule type fermé, les cas sont chaque fois différents, mais on peut comprendre que le vécu de celles-ci ne peut être identique, et que leur appréhension du monde extérieur porte toujours plus ou moins la marque de cette pathologie. L’histoire, et les résonances affectives des rencontres diverses viennent évidemment modifier tout cela sans le supprimer. Je voudrais enfin proposer une certaine représentation des lésions
cérébrales qui ont pu être causes du polyhandicap
chez certaines des personnes que nous rencontrons; elles aussi impriment
leur marque sur la vie et les capacités existantes. C’est une vue évidemment trop schématique, mais là encore, on peut imaginer que ces causes ont un effet direct sur la vie de la personne et donc sur sa position dans son propre monde. Il y aura donc lieu, si on en a connaissance, d’en tenir compte. |
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