c r e d a s collectif de recherches, études et
développements en adaptation scolaire et sociale Sàrl
Présentation   |  Points forts  |  Prestations                                       L'équipe
 

Les Rencontres du credas
Des passerelles pour plus de compétences

Lausanne, le 12 mars 2004
LE DIAGNOSTIC NOUS ENFERMERAIT-IL ?
(Compte-rendu)

Le diagnostic: un outil qui aide, un outil qui piège

Ces enfants qui n’ont pas
le handicap qu’ils devraient avoir

Les divers chemins du développement

I – Le développement: un processus s’alimentant au travers d’interactions diverses
II – Des impacts différents sur la trajectoire développementale
III – Des usages du monde différents
IV – Une approche dynamique de compréhension

Compte rendu en format pdf

 

LES DIVERS CHEMINS DU DEVELOPPEMENT
II – Des impacts différents sur la trajectoire développementale

Cette précaution épistémologique va prendre plus de poids lorsque nous sommes en présence d’enfants porteurs de déficits (biologiques, cognitifs, émotionnels). La tendance est de décrire ces enfants par leur déficit en répondant à une équation simple:

Enfant typique moins déficit égal enfant déficient

Dans cette perspective normative, l’enfant déficient se raconte par ce qu’il n’a pas.

Implicitement, cette approche fait l’hypothèse que le développement de cet enfant est, lui aussi, le même que celui d’un enfant typique moins son déficit…

On oublie un aspect essentiel de la dimension développementale, le fait que l’on étudie un processus dans lequel le déficit, à différents moments du développement, ne va pas nécessairement occuper la même place dans l’organisation de l’enfant.

Pour illustrer notre propos, appuyons-nous sur quelques situations courantes en psychologie du développement.

a) Prenons l’activité de lecture

dans ses composantes sensorimotrices: appui postural, mouvements de la tête et mouvements oculaires saccadiques.

Dans le développement, les moyens sensori-moteurs pour réaliser cette tâche évoluent. Au moment où commence à se former cette habileté (vers 5 ans chez l’enfant qui lit des pictogrammes), on observe que le buste, la tête et les yeux participent à la maîtrise de cette conduite. Le regard analyse certes l’image, mais la spatialité du texte est prise en compte par les mouvements du buste et de la tête, mieux équipés que la musculature extra-oculaire du point de vue proprioceptif.

Très progressivement le buste et la tête deviennent «silencieux» et ce sont les fonctions périphériques du système visuel, en lien avec la fonction focale d’analyse d’image, qui vont relayer les mouvements de la tête pour la compréhension de la spatialité du texte. A ce moment, seuls les mouvements des yeux assurent le déplacement du regard sur le texte, ce qui est réalisé en condition naturelle bien après 10 ans chez l’enfant bon lecteur. C’est la conduite sensori-motrice d’un bon lecteur adulte.

On voit par cet exemple qu’une même tâche sollicitée à des moments différents dans le développement entraîne le recours à des outils différents. De ce fait l’impact d’une déficience sensorimotrice ne sera pas le même à différents
moments du développement.

Dans le cas du déficit visuel, on observe chez le tout-petit un effet sur la régulation tonique et sur la mise en forme de son corps. Plus tard, lorsque le système visuel s’engage dans une activité d’exploration, (ce qui suppose une coordination entre fonction focale et périphérique), la répercussion porte sur l’analyse d’image et la compréhension des relations spatiales. On tente d’évaluer le déficit en termes de pouvoir séparateur du système visuel, en oubliant les autres fonctions essentielles (toniques et posturales) de l’entrée visuelle… On offrira alors des lunettes, ramenant la fonction visuelle à la seule analyse d’image. Cette compensation par des verres correcteurs se fait au détriment des fonctions périphériques utiles dans de nombreuses tâches sensorimotrices, qui vont des coordinations visuo-manuelles jusqu’à à la marche.

b) Les limitations à dominance motrice ont des impacts multiples.

Elles créent bien souvent des impotences, fragilisent la constitution de la proprioception et entravent les représentations de l’organisme et de l’espace.

Concernant les impotences, on sait depuis Grenier (1981) l’importance de la mise en forme du bébé prématuré qui ne dispose pas des ressources toniques et posturales suffisantes pour lutter contre les effets délétères des forces de la gravité. Un enfant prématuré mal positionné et ne bénéficiant pas de soins précoces en physiothérapie va construire une diplégie qui limitera ses capacités auto-locomotrices.

Les limitations motrices peuvent entraîner des difficultés pour traiter de la coordination entre les flux sensoriels et les signaux issus des mouvements actifs réalisés par la personne. C’est la constitution de la proprioception qui est ici en jeu. Son déficit a des répercussions sur les représentations de l’organisme (conçu comme articulé et mobile) ainsi que sur l’espace proche.

Cette difficulté se retrouve dans des domaines apparemment éloignés comme la constitution du nombre. Sa maîtrise suppose que se coordonnent le geste de pointage d’un élément de la série avec la comptine des nombres et que l’enfant admette que le dernier nommé constitue le cardinal de la suite.

L’intrication des diverses composantes motrices, visuo-manuelles, spatiales, langagières rend cette habileté fragile pour des personnes limitées sur le plan moteur. Ces difficultés dites praxiques ont bien souvent une origine sensoritonique ou motrice.

c) Si l’on considère les conduites imitatives,

ces conduites sont souvent perçues comme un levier important pour l’apprentissage; pourtant, au fil du développement, les conduites imitatives remplissent des fonctions
différentes.

Chez le tout petit, son rôle d’accordage est essentiel pour ancrer l’enfant dans son milieu. Le partage émotionnel constitue un mode essentiel de régulation tonique. Chez l’enfant entre 2 et 3 ans, l’imitation est le mode privilégié de communication entre pairs. Finalement l’imitation, comme moyen de maîtrise de son milieu, permet l’apprentissage des savoirs humains.

suite

 
info@credas.ch