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Les Rencontres du credas
Des passerelles pour plus de compétences

Lausanne, le 12 mars 2004
LE DIAGNOSTIC NOUS ENFERMERAIT-IL ?
(Compte-rendu)

Le diagnostic: un outil qui aide, un outil qui piège

Ces enfants qui n’ont pas
le handicap qu’ils devraient avoir

Les divers chemins du développement

I – Le développement: un processus s’alimentant au travers d’interactions diverses
II – Des impacts différents sur la trajectoire développementale
III – Des usages du monde différents
IV – Une approche dynamique de compréhension

Compte rendu en format pdf

 

LES DIVERS CHEMINS DU DEVELOPPEMENT
III – Des usages du monde différents

Ces quelques exemples pour montrer qu’un déficit peut avoir des impacts répétés sur la trajectoire de développement et que l’équation qualifiant l’enfant déficient par son manque est insuffisante.

Dans cette perspective, la description des conduites par un écart, un retard relativement à la trajectoire typique, va enfermer l’enfant en le décrivant «en creux» par les conduites absentes.

Il est plus utile de décrire ce que l’enfant fait, quelle est sa trajectoire développementale. En faisant ce choix, on ne met pas nécessairement les conduites différentes que l’on observe sur le compte d’une opérativité défaillante qui serait la seule cause du déficit, comme si l’enfant en développement se définissait uniquement par un quotient intellectuel.

Il faut envisager que les matériaux sensoriels, spatiaux, cognitifs sur lesquels ces enfants travaillent sont peut-être utilisés de manière différente, que les invariants qu’ils tirent des régularités observées ne sont pas ceux qui organisent les conduites des enfants typiques.

Plutôt que le terme de limitation (qui se centre sur un déficit opératoire) ou de déviance (qui se centre sur un écart, une incohérence), on est amené à décrire des chemins de éveloppement différents ayant une cohérence interne.

Par exemple:

  • un enfant pour qui le partage émotionnel est quasi inaccessible (pour des raisons qui peuvent être endogènes ou tenir des particularités du milieu de vie), le recours à des conduites répétitives l’amène à avoir, pour un moment, une stabilisation et un contrôle sur son environnement et son image corporelle. A parler de stéréotypie, on néglige le rôle de ces conduites dans l’économie de l’enfant et l’on ne tient pas compte de la modulation de cette conduite en fonction des contraintes du milieu. Ces conduites apparaissent le plus souvent dans des phases de transition entre des tâches, à des moments où l’enfant n’est plus porté par la situation. C’est la conduite stéréotypée qui joue le rôle de contenant.
     
  • une personne qui accède difficilement à des coordinations spatiales pourtant nécessaires à une représentation de son organisme quelque peu indépendante de l’action, va développer des conduites qui se substituent aux coordinations défaillantes. Elle se donne des prothèses de rassemblement» qui constituent des moyens matériels substitutifs pour créer, par exemple, des liaisons entre les parties gauche et droite et haut/bas de son corps. Ces moyens sont variés. Ils mobilisent l’individu et lui permettent de maintenir présente une image corporelle difficile à stabiliser.

L’enfermement par le diagnostic peut exister pour plusieurs raisons. Si l’on se contente de décrire les conduites par l’écart à la norme, cette approche fiduciaire du déficit est parfois nécessaire pour déterminer une rente, mais ne constitue pas un moyen pour élaborer un projet de soins. Le plus souvent cette évaluation statique et sans devenir crée le risque. La personne évaluée et son entourage se conforment à l’évaluation. Le fonctionnement est alors entravé par des représentations inadéquates dont on sous-estime souvent le poids dans le devenir de la personne. C’est le grand problème de l’annonce d’un développement différent qui, s’il apporte souvent un soulagement aux familles, peut aussi faire écran, figer et effondrer les ressources familiales.

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